Le Soleil au Zénith

Ils ne s’aiment pas eux-mêmes

 

     Les Lemmings sont des rats qui habitent la Scandinavie. Ils vivent en communauté dans des terriers immenses. Tous les ans, alors qu'ils deviennent les plus nombreux, ils vont se noyer dans la mer du nord. (La croyance populaire est persuadée que les lemmings se suicident en masse lors des migrations. Il est vrai cependant que des lemmings tombent des falaises ou dans des étangs simplement à cause de bousculades dues à leur grand nombre).

     Il y a chez les Occidentaux une volonté de périr, comme chez les Lemmings de Scandinavie.

     Ces rats paraissent excités et joyeux quand par millions ils quittent leurs terriers, pour aller se noyer directement dans la mer du nord.

 

 

 

 

     En Occident il y a une énergie incroyable qui ne demande qu'à se libérer.

 

     La guerre de 14-18 a été un holocauste. (L'holocauste est un sacrifice sanglant destiné aux dieux chtoniens, où la victime (bœuf, chèvre, bélier, porc) est intégralement brûlée. Celle-ci est placée près du sol, ou directement au sol, la tête tournée vers la terre et son sang est recueilli dans une fosse, le βόθρος / bóthros, afin de nourrir les puissances d'en-bas, pour les invoquer ou les apaiser.)

 

 

     14-18, c'est comme si les gens étaient morts par millions, dans un genre de sacrifice aux dieux. Ils sont tous partis à la boucherie, joyeux, heureux, enthousiastes, chantant.

 

  

 

 

     Je dis que la plupart des gens ne s'aiment pas. Ils veulent mourir ainsi et être consumés comme du beurre clarifié, pour un holocauste, pour un sacrifice aux dieux.

 

     Ils n'ont pas assez de substance en eux-mêmes pour pouvoir apprécier de jouer, pour pouvoir apprécier la paresse. 

 

     J'ai vu des moineaux jouer avec mon chat. Ils s'approchaient à 2 m de lui, et dès qu'il s'énervait, ils s'envolaient à tout à allure. Et puis les moineaux revenaient provoquer le chat, en jouant ainsi leur vie. Cela a duré 5 bonnes minutes.

 

     Moi aussi j'ai envie de ne rien faire la plupart du temps, comme un chien ou un chat. Moi aussi par moment j'ai envie de jouer ma vie, mais comme un animal à sang chaud.

 

 

 

 

     Je ne veux pas finir à la boucherie, poussé pour cela par des médailles, des drapeaux, des galons, un soi-disant honneur ou un sens du devoir, et puis surtout l'ambition des uns et des autres.

 

     Mieux encore que la 2ème guerre mondiale (qui nous parle de prétextes moraux pour mieux se cacher) : 14-18, c'est la démonstration éclatante du nihilisme et de l'envie de mourir de la foule – qui m'entraîne malgré moi. Ailleurs il y a l'histoire des autres grands empires dont on peut être fier, la défense des propriétés, les guerres tribales, les ambitions royales, les guerres de religions qui ne disent pas toujours leur nom (les plus féroces).

     En 39-45, les masses victorieuses ont même trouvé après coup la caution morale démontrant que cette guerre avait eu un sens, avec l'extermination des juifs. Mais en 14-18 – ce gigantesque holocauste de chair à canon, ils n'en ont même pas trouvés finalement, de raison, de caution morale à cet égorgement général.

 

     Il y a donc eu des dizaines de millions de morts, une énergie et un sang versé en quantité incroyable, officiellement, pour…rien.

 

     Mais la génération des gens de la 2ème guerre mondiale a été la pire qu'on ait connu, et la plus morale. On les a si souvent entendu dire : voyez ces jeunes comme ils sont mal élevés, impolis, les jeunes d'aujourd'hui, ils veulent tout sans rien faire,  ils sont paresseux et ils n'aiment pas le travail –  de mon temps, on n'aurait jamais attaqué et brûlé un bus, ni les voitures, voyez l'insécurité. Ce qu'il faudrait, c'est une nouvelle guerre, pour que les gens ils comprennent !

 

     La guerre ce ne serait pas pareil, les a t'on souvent entendu dire, la guerre ce sont les gouvernements qui ont décidés. Tandis que ces trois bus dans l'année d'attaqués et de brûlés, c'est une affaire de civils, c'est beaucoup plus grave. D'ailleurs, pendant la guerre, ce serait surtout les juifs qui ont soufferts.

 

     C'est pour nous faire oublier l'holocauste réel des dizaines de millions de morts et de torturés (L'holocauste est un  sacrifice sanglant destiné aux dieux chtoniens – et que dans leur génération, ça n'a pas été quelques voitures et quelques bus incendié mais cinquante ou cent millions de morts, personne ne le sait très bien (des millions de russes, des millions d'allemands, des millions d'américains et d'anglais et de français et de bien d'autres encore) sur les champs de batailles, dans les villes bombardées, dans les camps de concentration allemands et dans les camps de prisonniers américains (un détenu allemand sur 10, peut-être, y serait mort de mauvais traitements et de privations) et surtout russes (5000 survivants sur 100 000 détenus pris à Stalingrad), et puis Hiroshima mon amour : non, même pour cela, les américains, eux, n'ont jamais été traduits pour un seul crime contre l'humanité c'est vrai.

 

     C'est pour nous faire oublier l'épaisseur et la personnalité réelle de toute leur si morale génération.

 

 

 

 

 

     Notre génération est pas mal morale aussi.

 

 

     Je ne suis pas du tout Tiers-mondiste. Ici c'est les fourmis rouges, et dans le sud c'est peut-être les rats et les desperados. Mais dans le Sud quand tu es par terre ils te laissent crever tout simplement. Ce n'est pas seulement qu'ils sont pauvres et mal organisés. Comme 14-18 pour les pays développés, en fait c'est juste une question de volonté politique, le goût du sang facile, je t'assure, qui est là aussi.

 

 

 

 

 

     C'est le travail qui donne une apparence plus humaine aux pays du Nord. A la base, on y ramasse les blessés parce qu'ils sont encore productifs en les retapant. Dans les pays du Tiers-monde, il y a juste que l'instinct suicidaire des masses s'y vit seulement d'une manière moins efficace. C'est juste leurs mandibules moins efficaces qui leur donnent parfois une allure d'animaux à sang chaud.

 

     Les fourmis rouges ont vraiment de belles mandibules. Les fourmis noires sont moins carnivores, mais pas du tout plus sympathiques. Je ne suis pas du tout Tiers-mondiste (Répétitas).

 

 

 

 

     C'est en Occident que ça va se décider encore, et pas à Tombouctou. Si ici on en revient au Moyen-âge, on en reviendra aussi à bien pire que le Moyen-âge à Tombouctou. C'est ici que les modes se décident, chez les fourmis rouges. C'est ici que c'est le plus intéressant, c'est chez les fourmis rouges que ça pulse le plus en fait.

 

 

 

 

     Il y a un type que je fréquente à l'insu de mon plein gré. C'est un battant de l'occident, il se prends pour un cadre, un manager de l'Occident, une fourmi rouge. Hier il me dit : « Ha, aujourd'hui on a bien travaillé, c'était vraiment bien, on a pas vu la journée passer ! ». Ce type, que je fréquente à l'insu de mon plein gré, est comme neuf personnes sur dix sur cette Terre : il ne supporte pas de voir le temps passer, il ne se supporte pas lui-même, il ne s'aime pas lui-même, il n'a pas assez de substance en lui-même pour se permettre d'être paresseux.

 

 

 

 

     Avec la seule énergie d'une guerre comme 14-18, on pourrait si on voulait abolir la pauvreté, faire en sorte de ne travailler que 2 heures par jour, et c'est bien suffisant – et il y aurait encore des milliardaires, et des fusées pour aller dans l'espace – on pourrait éradiquer la misère psychologique et combler le vide de toutes les existences.

     Mais la foule ne veut pas cela.

     C'est juste une question de volonté, d'idéologie. L'énergie est là, 14-18 est là pour le prouver. C'est le pouvoir de l'esprit sachant canaliser l'énergie – sur la matière. Le problème est que l'on peut tout faire, mais que faire ? Que vivre, que créer ?

 

     Les gens ne s'aiment pas et ils veulent mourir, par le feu, par les apparences, par le travail. Alors, avec toute cette énergie, ils veulent une aventure collective et facile, qui leur fassent oublier encore plus ce qu'ils sont.

 

     En 14-18, la guerre leur a permis de s'oublier, dans une sorte de sacrifice aux dieux.

 

     Au 21ème siècle, on entends encore souvent des « individus » dire : « Ce qu'il faudrait, c'est une bonne guerre ! ». Je le sais bien, qu'ils ne plaisantent pas vraiment.

 

     Ils veulent s'évaporer, et que je m'évapore avec eux.

 

     Ils veulent s'évaporer, par la religion, les « idéaux politiques », l'ambition sociale des insectes, le travail.

 

 

 

 

      Le monde du travail peut être pire que celui des tranchées. On y meurt debout, ensevelis sous les gravats, très facilement. Les gens, s'ils ne l'étaient pas déjà, y deviennent irrémédiablement abîmés.

 

     On devrait travailler, en plus, paraît-il, par devoir, par morale, par plaisir, et penser à ce que l'on fait quand on travaille. Mais ce qu'ils appellent leur petit plaisir, c'est s'oublier et se dissoudre dans des gestes et des pensées qui n'ont certes rien d'un jeu pour animaux à sang chaud. Parce que 14-18, et les guerres de tranchées dans le monde du travail – moi, personnellement, ce n'est pas mon truc à ce point là, je n'en ai pas besoins pour me prouver des choses. Je veux bien jouer ma vie (mais comme un animal à sang chaud). Un chien, un chat, un moineau, ça reste des heures à ne rien faire, à profiter de l'existence, à jouir de l'instant présent et à vivre des aventures de maraudeurs. C'est pour ça que j'aime les regarder. Je ne préfère pas les bêtes aux gens. Mais certes, il y a bien des humains qui ne valent pas ces bêtes à sang chaud. 

     En plus ils sont neuf sur dix dans la foule comme cela…ils veulent mourir par overdose de travail, en parlant de Dieu, de famille, de devoir, de patriotisme et de nécessité – comme en 14-18 – et ils me veulent semblables à eux jusque dans leur évaporation.

 

 

 

 

     Mais moi je m'aime bien.

 

     Je pense que ce n'est pas seulement avec de l'argent que l'on peut se sortir du destin de la chair à canon, du destin de la chair à travail.

 

     On peut avoir beaucoup d'argent et se trouver embringuer dans leurs manies autodestructrices religieuses, familiales, politiques, et leurs ambitions secrètes.

     Sortir indemne de toute cette boucherie, ce n'est pas évident

 

     En Occident il y a des Fatwas invisibles. Il y a des pays, en Afghanistan, en Iran, où les mollahs lancent des appels à la mort bien physique, des Fatwas contre certains infidèles. En Occident les Fatwas sont invisibles. Des phéromones sont lancées dans l'inconscient collectif occidental, et voilà que tu te retrouves dans un job qui te dégoûte à mort, dans des embrouilles à 4 sous, ou alors une voiture te roule mystérieusement dessus.

 

 

 

 

     Dans les cités Black Blanc Beur, ils ne demandent qu'à s'intégrer au monde des fourmis rouges, pour le Fuck, pour le Dieu et pour le Job. Déjà ils friment et ils ne pensent qu'aux marques, aux marques de voitures, aux marques de vêtements. A bien y regarder, ils ne savent pas vraiment truander comme les autres fourmis rouges, ils sont un peu moins efficaces, mais déjà ils ne pensent qu'au Show-business et à tout ce qui brille, à se grimper les uns sur les autres et à grimper socialement, en tant que Footballeur, Chanteur, ou avec une cravate, c'est leurs rêves les plus fous.

 

 

 

 

     Les politiques du 21ème siècle nous le serinent dans la tête : le travail rendrait libre. Après 14-18, qui est un révélateur si éclatant de l'envie de s'évaporer des foules – on se dit que travailler régulièrement 7 heures ou plus par jour, être civique et être honnête comme tout le monde – ce n'est vraiment pas le seul problème et la seule solution à vivre dans sa vie. Des fois que vivre comme tout le monde, dans les fourmilières ultramodernes, cela rejoigne forcément le monde du travail et des tranchées : Nacht und Nebel (nuit et brouillard).

 

 

                                              Odal GOLD

 

                                                                          www.odalgold.com

 

 
PS :

 

     Je ne suis pas misanthrope, même si la foule n'est pas humaine.

     La solitude est un plaisir quand elle n'est pas subie. Sinon, souvent j'ai besoin des autres.

 

 

 

 



11/05/2007
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