Le Soleil au Zénith

La science de la peur - Naomi Klein

 

 

    Le texte suivant est extrait de « La stratégie du choc » de Naomi Klein, qui est l'un des meilleurs ouvrages que j'ai jamais lu. Cet essai décrit avec soin le « capitalisme fondamentaliste » naissant de Milton Friedman. Il décrypte l'idéologie fanatique qui l'anime.

 

     Son livre raconte donc la contre-attaque de ce « capitalisme fondamentaliste » dans notre univers....

 

 

 

 

 

 

 

    La science de la peur :

 

     « Après avoir lu son dossier médical à plusieurs reprises, Gail Katner se transforma pour ainsi dire en archéologue de sa propre vie, rassemblant et analysant les moindres bribes d'information susceptibles d'éclairer ce qui lui était arrivé à l'hôpital. Elle découvrit ainsi qu'Ewen Cameron, citoyen américain né en Ecosse, s'était hissé au sommet de sa profession : il fut en effet tour à tour président de l'American Psychiatric Association, de l'Association des psychiatres du Canada et de l'Association mondiale de psychiatrie. En 1945, il fut l'un des psychiatres (parmi lesquels ne figuraient que trois américains) appelés à se prononcer sur l'état de santé mentale de Rudolf Hess lors des procès sur les crimes de Nuremberg.

 

     Au moment où Gail entreprenait son enquête, Cameron était mort depuis longtemps déjà, mais il avait laissé derrière lui des dizaines d'articles savants et de communications publiées. Il existait un certain nombre d'ouvrages décrivant les expériences sur le contrôle de l'esprit menées par la CIA, dans lesquels figuraient les nombreux détails sur les liens entre Cameron et l'agence. Gail les lut, marqua les passages pertinents, établit des tableaux chronologiques et effectua des recoupements avec son dossier médical personnel. Ce qu'elle finit par comprendre, c'est que, au début des années 1950, Cameron abandonna l'approche freudienne traditionnelle de la « cure par la parole » comme moyen de découvrir les « causes profondes » de la la maladie mentale de ses patients. Son ambition n'était ni les guérir ni de les remettre sur pied. Il avait plutôt l'intention de les recréer grâce à une méthode de son invention appelée « confrontation psychique ».

 

    Selon les articles qu'il fit paraître à l'époque, le Dr Cameron croyait que la seule façon d'inculquer à ses patients de nouveaux comportements plus sains était d'entrer dans leur esprit afin d'y « briser les anciennes structures pathologiques ». La première étape consistait donc à « déstructurer ». L'objectif, en soi stupéfiant, était de faire régresser l'esprit vers un état où, pour reprendre les mots d'Aristote, il était comme « une tablette où il n'y avait rien d'écrit », une tabula rasa. Selon Cameron, il suffisait, pour parvenir à cet état, d'attaquer le cerveau par tous les moyens réputés entraver son fonctionnement normal – simultanément. La technique du choc et de l'effroi appliqué au cerveau, en somme. »

 

 

     « (…) Marilyn Rice, économiste qui, dans les années 70, a dirigé un mouvement de défense des droits des patients, décrit de façon frappante l'effet des électrochocs, qui ont effacé ses souvenirs et une bonne partie de ses connaissances : « Désormais, je savais ce qu'avait ressenti Eve au moment où elle avait été crées, adulte, à partir de la côte d'un autre. Je me sentais aussi vide qu'elle. »

 

 

 

 

     « (…) Pour « déstructurer » ses patients, Cameron utilisait un appareil relativement nouveau, la Page-Russell, qui administrait jusqu'à six chocs consécutifs au lieu d'un seul. Frustré de voir ses patients s'accrocher aux vestiges de leur personnalité, il avait recours, pour les désorienter encore davantage, à un arsenal de tranquillisants, de stimulants et d'hallucinogènes : chlorpromazine, barbituriques, sodium amytal,k oxyde nitreux, Desoxyn, Seconal, Nembutal, Véronal, Melicone, Thorazine, Largactil ety insuline. Dans un article de 1956, Cameron écrit que ces médicaments ont pour but « de déshiniber le patient de manière à réduire ses défenses ».

     Une fois la « déstructurations complète » obtenue et la personnalité antérieure effacée de façon satisfaisante, la confrontation psychique pouvait commencer. Cameron faisait passer à ses patients des messages enregistrés, comme : « Vous êtes une bonne mère et une bonne épouse et les autres se plaisent en votre compagnie. » En bon béhavioriste, il croyait fermement que les patients, s'ils absorbaient les messages figurants sur les bandes enregistrées, commenceraient à se comporter autrement.

     Sous l'effet combiné des électrochocs et des médicaments, les patients, réduits à un état quasi végétatif, n'avaient d'autres choix que d'écouter les messages qui passaient en boucle – de seize à vingt heures par jour, pendant des semaines. Il y eut un cas où Cameron fit défiler un message pendant 101 jours d'affilée. »

 

    « (…) Le scandale, lorsqu'il éclata enfin au grand jour, vint en grande partie du fait que la CIA et Ewen Cameron avaient, en toute insouciance, gâché des vies pour rien. Les recherches, en effet, se révélaient inutiles : tout le monde savait désormais que le lavage de cerveau était un mythe de la Guerre froide. La CIA, pour sa part, entretint cette fiction commode : ses responsables aimaient mieux être tournés en dérision et passer pour de parfaits bouffons épris de science-fiction qu'être connus pour avoir financé un laboratoire de torture – efficace par-dessus le marché – dans une université respectée. »

 

 


  

    La stratégie du Choc :

 

    Dans le film suivant, Naomi Klein explique elle même la théorie qu'elle développe dans son livre « La Stratégie du Choc ». Remontant jusqu'aux prises de positions de Milton Friedman prix Nobel d'économie en 1976, elle essaie de mettre en évidence une pratique économique et politique conçue au Chili lors du coup d'état sanglant perpétré par le général putschiste Augusto Pinochet, puis développée au moment de la révolution conservatrice des années 80 aux USA sous Reagan et en Grande Bretagne sous Thatcher.                                                                 
     « Le postulat est simple : d'une certaine manière, dans une situation de stress, les sociétés réagissent comme des individus en abandonnant provisoirement tout ou partie de leur esprit critique. Une période de crise est donc un moment rêvé pour faire passer un certain nombre de réformes impopulaires très rapidement. L'opinion, anesthésiée par le choc, ne réagit pas comme elle le ferait en temps normalement...

     J'avoue être troublé par ce concept. (...)
     De là à théoriser sur ce fait et monter un système qui permet de profiter à fond de la moindre crise ...
» [*]

 

     Qu'un pouvoir politique puisse sciemment profiter d'un état de crise pour privatiser radicalement l'économie et réduire drastiquement les services publics, au profit exclusif d'une poignée d'opportunistes - solutions que son peuple rejetterait en temps normal - cela arrive, oui. De là à ce que ce pouvoir politique déclenche lui-même les crises qu'il juge nécessaire en élargissant « le champs d'expérience »,  c'est parfois prouvé.....

 

 

 

 

 

 

    L'homme est un animal « intéressant » :

 

    La lecture de Naomi Klein confirme mon point de vue que l'homme a une épée chevillée au corps. Une épée ne sert pas à tuer un autre animal mais toujours un autre homme.

     Autour d'elle s'organise la hiérarchie sociale entre ceux qui sont encore libres (ceux qui possèdent encore une arme), car l'homme est également un animal social, guerrier (même si on arrive parfois à le lui faire oublier) et sociable.

     C'est vrai : il est souvent difficile pour l'homme de trouver son oxygène, de se vivre comme un animal à sang chaud, un animal qui aime la chasse, le jeu, et surtout dormir. 

 

     Et pourtant le propre de l'intelligence (et de la force du lion qui règne) est bien d'en faire le moins possible, et nous sommes bien à priori le dernier maillon de la chaîne alimentaire.

     « Nous sommes », en tous cas sur cette planète, particulièrement efficaces.

     Nous devrions être – nous sommes – particulièrement heureux et paresseux.

 

     Même sans Marx, la lutte des classes est une évidence. Ceux qui disent qu'elle est dépassée, c'est qu'ils veulent persuader l'autochtone que les vainqueurs, c'est déjà eux.

     L'avidité et le manque de pitié des classes dominantes n'a pas de fond – rien ne les arrête.  

     Leurs moyens sont l'idéologie, la religion, la propagande, la menace et les coups – demain les phéromones et la manipulation génétique.

     La lutte des classes existe parce que la ruche n'est pas encore « parfaite ». Dans les fourmilières ultramodernes, c'est encore souvent la guerre entre « la reine des abeilles » et les guerrières et les ouvrières. Les plus terribles de ces « carnassières » sont souvent  les « rentières » (Il paraît que dans les vraies de vraies fourmilières, il y a une fourmi sur cinq, on ne sait pas ce qu'elle fait, elle semble « ne rien faire » ?)

 

     Mais contrairement à Marx, j'en reviens toujours à « l'animal à sang chaud » qui devrait rester le centre du débat, son goût du jeu, son individualisme, la qualité de son cuir, et cette paresse qui est proprement lui : autant qu'un chien qui rêve, qu'un chat qui dort, ou qu'un aigle qui plane… tranquillement.

     Alors pourquoi toute cette agitation et surtout cette apologie de la suractivité : si ce n'est justement pour enchainer les dominés du clan, encore plus, par une espèce de propagande à base de moraline.

 

     Tous ces politiques, ces hommes d'affaires et ces prolétaires basiques qui ont toujours le travail plein la bouche, et demain les phéromones et la manipulation génétique pour convaincre un peu plus – c'est qu'ils ont besoins de mentir bien bassement pour se procurer leur oxygène, c'est qu'ils ne sont pas efficaces, pas intelligents, pas vraiment au bout de la chaîne alimentaire.

     L'homme est un mythe errant. Mais tout ce que je sais, c'est qu'il ne ressemble pas plus à une fourmi ni à la reine des abeilles.

 

                                                                                

                                                                         Odal GOLD

 

                                                                         www.odalgold.com

 

 


 

                                                         [*] >> http://www.agoravox.tv/actualites/citoyennete/article/strategie-du-choc-et-marketing-de-20403









15/07/2008
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


This is my Odal Gold Blog. I'm just a poor boy !------- Odal GOLD


Recommander ce blog | Contact | Signaler un contenu | RSS | Hébergé chez Blog4ever | Espace de gestion