Il est intéressant de considérer à quel point je n'ai rien à voir avec ceux qui sont définis par la petite carte d'identité plastifiée française, et à quel point je suis l'antithèse des français – à quel point les français, ce peuple si moral, sont tout mon contraire.
La preuve de ce que j'avance est personnifiée par celui qu'ils ont choisi le 06 Mai 2007 pour conduire leur destinée, pour les représenter, comme celui qui leur semble à la fois comme un père et le plus proche de leur argent et de leur coeur. Par ici les enfants sont censés croire au Père Noël, et une fois adultes, ils sont censés croire au rêve des médias people, tu sais, ces contes de fée où chacun peut transformer les citrouilles en Rolls-Royce et les crapauds en laquais et en princes.
Celui là, qu'ils ont placé à leur tête et dans leur cœur le 06 Mai 2007, est donc censé jouer le héro du conte de fées auquel doivent croire tous les adultes normaux du pays des droits de l'homme (si, c'est un pays qui existe). Pourtant, c'est très étrange, du point de vue de son apparence, déjà ce héro me semble sordide, superficiel, plein de cette vanité suffisante, inculte, religieux, superstitieux, tapageur et bling-bling, vain, vulgaire, toujours excité, décentré, arriviste, sournois, malin, très agité. Tel sont les impressions qui me viennent chaque fois que je me trouve devant les plaidoyers vibrants de son image, qui gesticule pour les strass et les paillettes de la foule aux yeux de Chimène.

Du point de vue de sa profondeur, le champion du pays droits de l'homme (si, si, c'est un pays qui existe) ne me semble (autant que j'arrive à l'analyser) qu'imbu de sa « réussite sociale », il en est même comme complètement ivre – et c'est cette ivresse qui remplit surtout sa personne. La société française serait une grande famille, mais dans les faits, avec les oncles Tom (de La case de l'Oncle Tom) de cette grande famille, les prolos et les pauvres – le champion français « est » profondément dénué de toute pitié. Les exclus, les marginaux, les castes inférieures, les défavorisés, c'est de leur faute s'ils n'ont rien à voir avec le conte de fée du pays des droits de l'homme. Ou bien c'est le dieu jaloux qui l'a voulu et donc le ciel qui en décide ainsi.

Les crapauds que l'on a transformés en laquais et en princes ne me contrediront pas. Les gens du pays des droits de l'homme se sont viscéralement mariés avec l'élu président de leur cœur, et les cérémonies d'amour sont incessantes, tourbillonnantes et clinquantes. A présent, on préconise pour chacun le désir exclusif de faire parti des propriétaires, couronnés « nouveaux tsars de tous les Occidents » – ou des princesses habitants le beau songe du rêve d'Avoir. Pourtant moi, j'aime l'argent – mais les contes de fée dans lesquels se complaisent les français me semblent suspect. Transformer des crapauds en laquais et en princes, de mon point de vue, doit poser plus de tracas, plus de problèmes, beaucoup plus de soucis – qu'en résoudre.
Celui qu'ils ont choisi comme leur grand frère idéal le 06 Mai 2007 est religieux, confis, ambitieux, moral. Jeune étudiant des beaux quartiers, il a été surpris en train de défiler contre le droit de grève, c'est vous dire s'il aime l'ordre établi. Il vante comme jamais les drapeaux, la foule effectivement pâmée par tant d'éloges pour elle-même, et les médailles en chocolat. Il veut le retour de l'autorité et de l'ordre moral. Les contes de fée sont toujours moraux, avec des paillettes, des galons dorés et des médailles en chocolat. (Définition de la morale : une idiosyncrasie de décadents guidés par l'intention cachée de se venger de la vie, intention d'ailleurs couronnée de succès. J'attache de l'importance à cette définition. » (Nietzsche))

La parole du champion des français n'a pas de poids, il dit ceci ou cela, mais il ne pense et il n'agit que pour la gloire de cette élite de l'argent, qui prétend maintenant breveter, contrôler et manipuler tout le vivant pour sa seule propriété et son seul usage. Mais cela plaît à cette foule. Tout posséder et contrôler deviendrait donc possible pour elle aussi, la foule. La foule doit juste arriver à s'identifier encore complètement au prince du pays des droits de l'homme (si, c'est un pays qui existe). La belle au bois dormant, c'est ça la France. Son prince charmant, qu'elle s'est choisie, va la réveiller dans le luxe des Rolls-Royce, des cérémonies de mariages fantasmatiques et des crapauds, qui sont maintenant tous des laquais et des princes, et chacun est à sa place.
C'est le champion des français (au 06 Mai 2007) qui l'a dit : « Le grand malheur du 20ème siècle aura été la grande absence de Dieu ». C'est que dans les grands mariages princiers des contes de fée, il y a toujours des robes blanches extrêmement longues, des carrosses et des bonnes fées, et donc des cérémonies sacrées où on peut jouer le bonheur. Va bonheur.
Le champion chéri des français vante la transformation humaniste d'un Kadhafi qui est quand même un prince, et les mérites de la charia en Arabie Saoudite, les princes de ce pays ne peuvent pas vraiment se tromper, ce sont quand même des princes. Il prône une union, une unification, une symbiose, de l'Europe avec les pays de ces princes (du sud de la méditerranée) où il y a plein d'autres princes, c'est chouette. Va bonheur. Certains dieux ou certains diables pourraient noter que si l'on soustrait les voitures, les touristes et la culture occidentale qui y sont vaguement diffus, ces pays sont en plein moyen âge, qu'ils ont bien 700 ans de décalage, ils torturent, souvent ils interdisent durement l'athéisme et le blasphème, ils ne fonctionnement qu'au Bakchich, à la coutume, au népotisme ????
Va bonheur.
Celui qui ressemble le plus aux français, qui a réconcilié le cœur des français avec eux-mêmes le 06 Mai 2007, se méfie de la prospérité économique et de l'efficacité des modèles nordiques, leurs mœurs plus libres et leur humanité plus simple. Et il arrive au prince des français de leur faire la morale – à eux les nordiques dont certains princes montent eux-mêmes leurs meubles Ikea, ce que ne font jamais les princes dans les vrais contes de fées bien latins – pour leur manque d'ambition internationale.
Mais est-ce qu'humainement parlant cela veut dire quelque chose, l'ambition internationale, sauf une incompréhension, un complexe d'infériorité, voir une rancœur et une jalousie acerbe ? C'est que les français rêvent de guider le monde par la gloire et par la morale, derrière un Napoléon, et derrière leurs « droits de l'homme » et puis derrière le panache de celui auquel ils se sont assimilés le 06 Mai 2008.
L'amour que les français portent pour cet homme qu'ils ont élu le 06 Mars 2007 transcende aussi les frontières politiques. Par exemple, beaucoup de ses opposants, à la bannière pourtant ennemie, ont rangés leur écu clairement derrière le panache agité du petit homme (petit par la taille mais grand par le panache).

Celui que les français ont choisi le 06 Mai 2007, avec leur cœur et leur raison – pour être leur bonne Fée – dévoile sa conception du monde en affirmant que « lorsqu'il s'agit de morale, l'instituteur n'approchera jamais le curé ou le pasteur. ». Le Guide ne plaisante pas en prétendant cela, car le Guide est un être essentiellement moral. Il l'affirme à tous vents, pour lui Mai 68 serait même le Mal incarné. Tout le contraire, il veut que chacun reste à sa place et tienne son « rôle ».
Il est important de revenir sur le travail intellectuel qui a été accompli par Nicolas Sarkozy – très en amont, dès 2002 – pour bâtir un projet. Ce projet fut le résultat d'un travail de grande ampleur, pendant cinq années, conduit par une équipe de plus de 250 intellectuels et experts réunis autour d'Emmanuelle Mignon.
Emmanuelle Mignon, qui est la machine à penser de Sarkozy, a ainsi présenté ses idées dans Le Monde du 7 septembre 2004 : « J'ai toujours été conservatrice, j'aime l'ordre. Je crois à l'initiative individuelle, à l'effort personnel et, en matière économique, à la main invisible du marché. Par exemple, je suis pour une privatisation totale de l'Education nationale. ». Concernant le terme « conservatrice », elle précise : « Il faut le comprendre dans le sens britannique. » Catholique engagée, Emmanuelle Mignon fut au cœur de la rencontre entre le frère dominicain Philippe Verdin et Nicolas Sarkozy, qui donna naissance au livre « La république, les religions, l'espérance », publié aux Éditions du Cerf. Dans ce livre, le Guide a clairement écrit qu'« il veut supprimer la loi 1905 sur la laïcité ».
Il y a dans le projet de société de ce prince charmant français une dimension intellectuelle, un travail méthodique sur les idées et la construction d'un projet, qui ont été jusqu'à présent largement sous-estimés. Et il compte bien faire vivre à l'humanité entière ce conte de fée, avec ses crapauds transformés en princes et en laquais, ses princesses et ses Rolls-Royce – qui est le rêve sarkozien.

Celui que les français ont choisi, en toute conscience, comme leur roi ne pense donc qu'en terme de grands empires financiers et de sphères d'influence religieuses (Les premiers rois de l'Antiquité étaient élus, comme nos présidents aujourd'hui. Les derniers à avoir gardés le système ont été les vikings. A l'inverse, la plupart des présidents de la planète sont déjà des fils de présidents ou des généraux).
Le prince charmant des français s'est donc définitivement allié avec la « Fédération du Commerce de l'Amérique », grâce à laquelle, déjà dans notre assiette, le lait, la viande et les céréales sont torturés, transgéniques, aux hormones, aux pesticides, aux antibiotiques, mutants, terrifiants (renseignes-toi un peu plus, tu verras, José Bové est malheureusement dans le vrai). Mais les contes de fée français parlent de la société parfaite des princesses et des crapauds transformés en laquais et en princes – et jamais du lait, de la viande et des céréales torturés, transgéniques, aux hormones, aux pesticides, aux antibiotiques, mutants, terrifiants.
Les français ont choisi consciemment pour être leur champion celui qui est tout mon contraire et celui dont je suis tout le contraire. Un personnage qu'intellectuellement, intuitivement, spirituellement, superficiellement, profondément – gentiment – j'exècre. Il ne s'agit pas de leur part d'un accès de fièvre. Ils l'ont fait en toute conscience, ils avaient la liberté de le faire ou non, ils avaient toute connaissance du personnage et de ses intentions. Ils se sont identifiés à lui, et cela au moins pour quelques générations. Dans les contes de fée, une fois que les citrouilles et les crapauds ont été transformé, les princes, les princesses et le peuple dansent ensemble la valse dans une communion parfaite. Va bonheur.
Ce n'est pas une passade, et même si demain les français ont retourné leur veste, il y a des coups de foudre qui révèlent les personnes (les français) d'un coup, malgré tous les camouflages.
C'est assez intéressant à considérer, surtout si toi-même tu es l'un de ces français proche des crapauds et des princesses des contes de fées.
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Mais peut-être qu'ailleurs, ce n'est pas mieux que dans ces contes de fées infantilisants que l'on a fait rentrer dans le crâne des enfants, et qui y restent ensuite gravés pour toujours – et que les crapauds qu'on y rencontre, transformés en laquais et en princes charmants ? Mais peut-être qu'ailleurs, partout ailleurs, ce n'est pas mieux que les français ?
Le crapaud serait l'antithèse de la grenouille :
S'il est chez nous symbole de laideur et de maladresse, ce n'est pas le cas en Chine où il est considéré comme la divinité de la lune. Si le vieux crapaud est séché, il permet, comme la grenouille, d'obtenir la pluie. Le crapaud protège aussi des armes et les renvoie au tireur.
En Extrême Orient, le crapaud est un dieu de la pluie.
Les vietnamiens disent qu'il est l'oncle du dieu du ciel à qui il commande l'ondée et quiconque le bat sera foudroyé par le ciel. Le crapaud est symbole de succès. Ecarlate, il est symbole de force, de courage et de richesse.

Chez les bambaras il est censé se transformer en souris pendant la saison sèche. On dit qu'il guérit les brûlures et qu'il ne craint pas la morsure du serpent.
Chez les pygmées bambuti, le crapaud est un esprit maléfique responsable de l'installation de la mort sur terre.
En Occident, il est souvent considéré comme l'inverse de la grenouille dont il serait la face lunaire, infernale et ténébreuse. Dans beaucoup de théophanies lunaires, le crapaud est l'attribut des morts.
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